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Vagabonde dans l’âme et voyageuse parfois par obligation, j’ai eu envie d’écrire il y a déjà longtemps ; le premier prétexte venu m’a intéressé et c’est pour cela que vous avez longtemps trouvé des recettes de cuisine ici ; un peu d’ici, un peu d’ailleurs selon l’humeur du moment et l’air du temps ;

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15 octobre 2010 / By / 2 Comments

Avant que de partir complètement du Sénégal et d’y laisser tellement d’amis et de souvenirs, il fallait que je vous parle des “Ndiaga Ndiaye” du nom du premier propriétaire de ces petits bus qui sillonnent le pays ; on les appelle également les cars rapides et qui n’est jamais monté dedans n’est pas une vraie “Madame Dakar”…

Notre container n’étant pas complètement empli (jusqu’à la gu…) j’ai eu envie d’en faire un élément de décoration, ma moitié d’orange est donc parti à la recherche de ces ateliers situés dans des coins un peu paumés ; l’accueil fut chaleureux et « wakeur B… » vit le jour ; (wakeur en wolof signifiant famille) ; cette magnifique porte colorée à souhait a failli devenir une tête de lit, puis une porte de placard ; elle trône finalement sur un mur de la terrasse faisant de l’oeil aux rangs de vigne qui lui font façe….

DÉCORATIONS DES CARS RAPIDES : Mysticisme, art et cache-misère

Moussa DIOP (Stagiaire)

Souvent décriés à raison. Parfois utiles. Généralement poussiéreux et lugubre à l’intérieur. Les cars rapides arborent, à l’extérieur, une décoration dont l’esthétisme kitch ou original, c’est selon, a fini par faire partie des symboles du Sénégal. Une décoration qui a évolué et qui continue de l’être au gré des modes et des ateliers. Mais, est-elle assimilable à de l’art ou à un cache misère ? Rien n’est moins sûr.

Les narines, déjà émoustillées par la poussière ambiante de Dakar, souffrent un peu plus sous les effets conjugués des différentes senteurs dégagées par la peinture fraiche. Un mélange de peinture avec de l’essence, du pétrole et ou du diluant. Cocktail explosif qui ne semble pas avoir fait de dégâts sur Ibrahima Diop. Lunettes noires, la soixantaine annoncée, il fait largement plus jeune que son âge, celui qui dit avoir plus de 20 ans d’expérience, distribue consignes et ordres à ses trois enfants qui constituent l’entreprise familiale de peinture. Nous sommes à un des angles de l’avenue Malick Sy, un atelier de peinture, puis de décoration d’où partent les cars rapides, mastiqués, décorés, repeintes comme neuves pour le transport des dakarois.

Alhamdoulilah, Bax Yaye, Beugue Fallou, Touba, Talibé Cheikh, Néléén car, Fatilane en arabe, Société musulmane, Lat Dior… autant d’inscriptions qui côtoient une décoration aléatoire, originale, rustre parfois faite de lanières, de cache-poussière… de bouteilles vides accrochées à des tuyaux en caoutchouc. C’est la carte d’identité, l’ADN des cars rapides. Camionnette de marque Renault Saviem transformées habilement pour le transport urbain des dakarois. Sous ces couleurs chatoyantes (bleue et jaune) la décoration des cars rapides reste vague. « Protection, invocation religieuse, remerciement, recherche de beauté, tout y passe », nous glisse Ousmane Mané entre deux coups de pinceaux. Ce jeune homme de 27 ans revendique une forme d’art liée à la pratique de son métier. « Il faut être inventif et parfois sortir des sentiers battus. Nous, dans cet atelier, notre travail est d’être original, ce qui fait que nous recevons des commandes d’un peu partout », avance t-il. « L’art en général est une activité dont le but est la création d’œuvre exprimant un idéal de beauté », définit Babacar Mbaye Diop, docteur en Esthétique et Philosophie de l’Art, Enseignant au département de philosophie de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD)

Art ou pas art ? C’est la question !

Une définition que semble partagée Mamadou Diallo, acolyte dans la vie et collègue de O. Mané, dont la méfiance, volontairement affichée à notre vue, s’estompe progressivement pour laisser place à une personne tout à fait charmante et appliquée sur son travail. Sur un fond noir, il s’évertue à peindre trois losanges blancs qui vont orner les « caches-poussière » d’un car rapide en attente de ses ornements. Nous pensons être des artistes parce que la recherche de la beauté nous guide en premier ». La beauté dans le sens kantien du terme : « le beau, c’est ce qui plait universellement sans concept ».

« Nous faisons également des tableaux et des banderoles pour vivre », poursuit-il. En revanche, nous ne signons pas notre travail sur les cars rapides, ce qui ne nous empêche pas de le reconnaître parmi tant d’autres ». Cette Petite et Moyenne Entreprise (PME) n’a pas le monopole de la décoration des cars rapides. Autre atelier, autre ambiance.

Agglutinés, sous une tente, autour d’une théière dont le curieux couvert se limite à un simple carton agilement et ingénieusement rafistolé, entre deux éclats de rire, une vingtaine de jeunes discute avec entrain, toujours aux abords de l’avenue Malick Sy.

« Après le décès du fondateur de cet atelier, nous sommes passés à une direction collégiale », nous confie Saliou Kane, 35 ans, grand et mince, qui fait partie des plus âgés.

Protection et mysticisme affiché

Ici, la décoration des cars rapides est d’abord une affaire de passion, même si la notion de gagne-pain n’est jamais loin. Yannick Delgado, visiblement un des dirigeants de l’atelier justifie la nature des décorations qui « dépendent de la commande. Il y a des commandes simples et des commandes complexes ». En clair, il existe une déco aseptisée, minimaliste et une autre qualifiée de plus chargée. L’explication première est un choix personnel du transporteur qui passe la commande à l’atelier. « Mais, il faut dire que depuis quelques années, les décorations des cars rapides sont devenues plus renforcées, afin de masquer l’état vieillissant des véhicules. La plupart de ces Renault Saviem date des années 70-80-90 pour les plus jeunes », ajoute Y. Delgado. Les modes de décorations évoluent donc au gré de l’état de délabrement parfois très avancé de la « carcasse » des cars rapides.

A côté de ce regroupement, sous un soleil de plomb, un apprenti est à l’ouvrage. S’essuyant le visage à intervalle régulier comme le balai, en ralenti d’un essuie-glace, afin de couper court à toute émergence de goutte de sueur perturber une vision déjà affutée les finitions de l’inscription du remerciement divin matérialisé par « Alhamdoulilah ». Les cars donnent beaucoup à voir et à comprendre sur le religieux des sénégalais. Des inscriptions en références à l’islam et aux familles religieuses côtoient des invocations animistes ou païennes (« Néléén Car » (contre le mauvais œil), par exemple. « C’est un syncrétisme religieux qui intègrent des cohérences différentes et pas forcément conciliables. C’est ce que Vincent Monteil appelle « l’islam noir », analyse Djibril Diakhaté, sociologue et chargé d’enseignement à l’UCAD.

Senghor comme source d’influence

On peut également y voir des animaux : « le lion est un symbole de virilité et de force, le cheval, le meilleur ami de l’homme, les éperviers, c’est la liberté », évoque Delgado avec une mine malicieuse. Mais, il n’a pas pu justifier la présence des paons (Diamba Diop). Un silence ! Un car rapide passa ! « C’est en rapport avec le président », tonne d’un coup sec le jeune chargé de faire le thé en redressant sa tête, couverte d’une casquette, de ses vers dont la mousse commençait à monter. Quel président ? « Le président Senghor ! » Effectivement, du temps du règne du président poète, beaucoup de paons avaient élu demeure au palais présidentiel, de même que dans sa résidence secondaire de Popenguine. Le Marc Aurèle (empereur romain et homme de lettres) Sénégalais aimait beaucoup les paons. La déco souvent soignée des cars rapides contraste avec l’état de délabrement avancé des camionnettes aménagées pour transporter les populations. Sous le carrosse qui parait rutilant et bien neuf, se cache une rouillure et une crasserie qui en font des « cercueils roulants ». « On peut considérer qu’on est sur le registre de la simulation et de la dissimulation. C’est la dialectique du montrer-cacher que les wolofs appellent le « Mbagne Gathié », dit le sociologue Djibril Diakhaté. « Ce sont des pratiques qui se développent dans des sociétés de plus en plus matérialistes où le statut social de l’individu renvoie plus au personnage qu’à la personne », constate-t-il.

Pour un coût allant de 80.000 F Cfa, rien que pour la peinture, à 20.000 F Cfa pour la décoration, les cars rapides se paient une nouvelle peau avec des décorations originales qui trahissent, plus qu’il n’y paraît, les Sénégalais et la société dans laquelle ils vivent.

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2 Comments

  1. gracianne dit :

    Les gens qui ont peint cette porte seraient sans doute etonnes – et ravis – de voir ce que vous en avez fait. C’est une excellente idee d’emporter un petit morceau d’art populaire avec soi (je sais qu’il doit y en avoir bien d’autres, telle que je te « connais ».

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