À PROPOS...

Vagabonde dans l’âme et voyageuse parfois par obligation, j’ai eu envie d’écrire il y a déjà longtemps ; le premier prétexte venu m’a intéressé et c’est pour cela que vous avez longtemps trouvé des recettes de cuisine ici ; un peu d’ici, un peu d’ailleurs selon l’humeur du moment et l’air du temps ;

Je trouve pour vous….
leo. nec diam justo dolor. venenatis fringilla non ultricies in suscipit

L’art de la chine au Sénégal

BrimborionsSénégal
30 décembre 20091 Comment

Nous avions l’habitude d’aller chez lui, mais notre emploi du temps un peu mouvementé nous avait quelque peu éloigné de sa boutique ; moins sombre que les autres avec certains des “artifices” que les européens apprécient ; du bois ciré mais point trop n’en faut, de la poussière patiemment accumulée et des bibelots rangés par famille d’objets ;

je ne sais pas si ce terme convient pour décrire la foultitude de merveilles amassées ;

les spécialistes me le concèderont, il conviendrait de parler de “pièces”; de belles factures pour la plupart elles venaient de toute l’Afrique ; des tissus Kuba du Zaïre en raphia teint, des tabourets de brousse Sénoufo en bois de fromager à la belle patine blonde, des pilons à céréales du pays Baoulé en Côte d’Ivoire usés à force d’usage… tout un univers que j’affectionne particulièrement ;

j’ai été à bonne école sans doute car mon mentor m’initia avec la souplesse nécessaire à un bon enseignement ;

dans son grand boubou noir en bazin empesé, Alpha nous accueillit donc avec la faconde et le sourire propre aux Africains ; les dernières nouvelles s’échangèrent : le temps, la famille, les enfants, les fêtes qui approchaient … la revue de presse achevée, il s’assit pour nous laisser nous emplir les yeux ; il savait très bien que nous avions, l’un et l’autre besoin de temps pour évaluer sa marchandise en fonction de nos coups de cœur ;

lors de mon dernier passage, j’avais été attirée par des merveilles de colliers d’ambre anciens avec des perles énormes allant du jaune pâle au rouge presque noir ; curieuse ou bien désireuse de passer un bon moment je l’interrogeai ; s’ensuivit une leçon magistrale concernant les origines de ces bijoux composés peu à peu au fil des ans car il n’existe quasiment plus de colliers originaux ; tous ont été démantelés par les accidents de la vie ; de chaque perle approximativement taillée il connaissait l’histoire et savait qui avait été son marchand et dans quelle circonstance ; translucide lumineux et veiné à l’opaque patiné, l’ambre est attirant….

colliers en ambre

colliers en ambre

assise dans un majestueux fauteuil en bois d’arbre je l’écoutai, fascinée que j’étais par sa science ainsi que par son humour ;

j’y aurais passée des heures ; et c’était normal, j’étais en Afrique ;

après nous être enquéris de la valeur de diverses pièces et d’avoir parlé à bâtons rompus le marchand revint sur un masque qui avait attiré notre attention ; superbe, il avait soi-disant “dansé”; un masque porté lors d’une danse rituelle signifie qu’il a participé à la vie du village il y a longtemps à l »époque ou les cérémonies étaient de la plus haute importance pour une commémoration par exemple ; celui-ci venait des îles Bijagos ou les traditions initiatiques sont encore très fortes ; celui qui ose déroger aux règles communautaires et emporter le masque hors de l’ile s’expose pour le sur à la colère de ses pairs…

masque heaume

masque heaume

le jeu du chat et de la souris avait commencé et je m’en délectais ;

chacun avait un seuil qu’il ne pouvait enfreindre ;

plus longtemps il saurait résister aux “griffes” du marchand et mieux il serait considéré ;

c’était le jeu et il savait qu’il ne pouvait s’y soustraire ;

sa longue expérience de la palabre le guidait vers le chemin de l’indifférence ;

la discussion semblait s’enliser et puis comme la pétrel qui plonge sur le poisson du déjeuner elle rebondissait et nous emmenait vers d’autres ethnies et d’autres histoires ;

le couperet tomba peu avant l’heure du déjeuner ; par un miracle que seule la nature humaine sait délier le prix était convenable pour les deux parties ; chacun y trouvait son compte et personne n’y perdait ;

l’honneur était sauf ;

jamais cela n’avait tourné à l’altercation car c’était un jeu dont chacun connaissait très précisément les règles et les usages ; un “mboro” conclut le marché, la main tendue et les doigts claquèrent ; une accolade scella la transaction et le masque-heaume fut emballé ; le marchand me redit qu’il avait la négociation dans le sang et qu’il en maitrisait les coutumes ;

et qu’il aurait d’ailleurs pu naître en Afrique…

J’ai beaucoup aimé ça !

 

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1 Comment

  1. gracianne dit :

    Joli texte Dame Dumè. Tu aurais pu l’intituler « l’art de la patience ».
    Le masque est absolument splendide.

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